Figures de femme – Présentation II

وجوه نسائية عرض أوّلي ١

 

LE VIDÉO-CLIP LIBANAIS

ou comment le Liban est devenu la place forte de la musique arabe contemporaine


| Trois quarts de siècle durant (1904-1975), l’Egypte a été le foyer de la musique et de la chanson dans le monde arabe. Le modèle égyptien était alors porté par des figures considérées aujourd’hui comme mythiques, telles que Abdelhalim, et surtout par celle que l’on a surnommée l’« Astre d’Orient » : Oum Kalthoum. Si la mort de cette dernière marque, à l’aube des années 1980, la fin du rayonnement de la musique égyptienne, le foyer musical quant à lui, a déjà commencé à se déplacer en direction du Liban dès les années 1960, avec le succès de chanteuses comme Sabah et surtout Fairuz, qui modernise le genre et y apporte des influences venues d’ailleurs. A partir des années 1990, la popularisation de jeunes chanteuses libanaises telles que Diana Haddad, Nawal Al Zoghbi, Julia Boutros ou encore Najwa Karam, font du Liban le nouveau centre musical. Pourtant nul besoin d’être un spécialiste de la musique arabe contemporaine pour s’apercevoir que trois personnalités s’arrachent la première place des hits parades et raflent tour à tour les récompenses musicales : Nancy Ajram, Haïfa Wehbe et Elissa. Un trio de choc et de charme qui depuis une dizaine d’années a accédé au rang de superstar et qui a su diffuser et populariser la musique libanaise dans l’ensemble du monde arabe. La recette de ce succès commercial ? Des vidéo-clips véhiculant un mode de vie plus proche du modèle occidental, doublé d’un ostensible jeu de séduction.

Pour la jeunesse arabe, la culture et l’ouverture sur le monde extérieur sont étroitement liés à la musique, et avec l’introduction de l’antenne parabolique puis l’expansion d’Internet, ces jeunes femmes ont su s’imposer et développer leur image médiatique au-delà des frontières de leur pays. Dans un monde où le mode de vie occidental domine, tant d’un point de vue esthétique (vêtements, coupes de cheveux) que comportemental, ces chanteuses ont su créer des vidéo-clips, dans lesquels elles véhiculent ce mode de vie, avec une esthétique technique proche des modèles occidentaux, faisant ainsi rêver une grande partie de la jeunesse. Si nous prenons pour exemple le vidéo-clip « Enta eih » de la star incontestée, Nancy Ajram, nous constatons qu’il est visuellement très proche de l’esthétique états-unienne des vidéo-clips. La chanteuse en nuisette de satin, déclamant ses doutes et sa tristesse dans de magnifiques draps au cœur d’une chambre luxueuse, n’est pas sans rappeler la chanteuse américaine Alicia Keys dans « My boo ». De même, les sublimes robes de soirée, la très belle salle de réception et le buffet renvoient aux stars américaines sur le tapis rouge et sont une connotation du luxe à l’occidental. Par ailleurs, certaines vidéos telles que « Mashy Haddy », avec ses couleurs pop et acidulées ou encore « Baba fen w Lamma shams tghib » de Haïfa Wehbe, marquent un renouveau dans l’esthétique du clip arabe tel qu’il était conçu jusqu’à présent et font penser à « Foundations » et « Pumpkin Soup » de Kate Nash. Ces chanteuses transforment ainsi les codes esthétiques et comportementaux traditionnels et orientaux, la vidéo devenant un vecteur de la vie occidentale rêvée et transposée dans le monde arabe. On pourrait alors se poser la question de savoir pourquoi cette jeunesse ne regarde tout simplement pas des vidéo-clips américains ? Ils les regardent, mais dans une moindre mesure, car la chanson libanaise chantée en arabe – dans le dialecte égyptien – a l’avantage d’être comprise de tous. Le sens que peuvent avoir les paroles participe au succès et les chansons sont ainsi connues, chantées, chantonnées, ce qui n’est pas le cas avec l’anglais. Ici, le visuel et l’auditif sont aussi importants l’un et l’autre, et la chanson libanaise devient un mélange savamment dosé d’arabisme et d’occidentalisme.

 

 

Une autre raison expliquant le succès de ces chanteuses – et non la moindre – réside dans leur capacité à faire le « show ». Séduction et langage corporel font partie du travail artistique au même titre que la voix. Et parfois même plus que la voix quand l’on sait qu’une partie de la jeunesse boude par exemple les concerts d’Elissa, décevante lorsqu’elle chante face au public. Ces chanteuses admettent volontiers que savoir chanter ne suffit pas à faire décoller une carrière et que le physique – entretien du corps et chirurgie esthétique – ainsi que la sophistication de la coiffure, du maquillage et des vêtements, concourent souvent de manière déterminante à leur notoriété et ce, quelque soit la confession d’origine. Le vidéo-clip devient alors leur meilleur lieu d’expression et pour les jeunes, ces chanteuses sont en quelque sorte l’équivalent des stars américaines en Europe, des représentantes du glamour et de la beauté que l’on peut admirer à loisir.

La multiplicité des confessions et l’occidentalisation du Liban, font de ce dernier un pays très ouvert et libre où ce genre de comportement choque beaucoup moins qu’ailleurs dans le monde arabe. Pourtant Nancy, Haïfa et Elissa, parallèlement à leurs succès, font fréquemment l’objet de controverses car dans le milieu de la chanson, elles ne sont en réalité que la minorité très visible. Les pays arabes foisonnent de chanteurs et chanteuses connus, reconnus et aimés simplement pour leurs mots d’amour ou leurs paroles engagées, mais dans un monde saturé d’images fixes et animées, ils apparaissent moins fascinants, moins envoûtants, moins glamour. Ces chanteuses ont su faire parler d’elles et ont fortement contribué à hisser le Liban au rang de pays producteur de stars, mais il me semble important de conclure sur le fait que l’Egypte reste malgré tout, et aujourd’hui encore, un des bastions de la musique arabe.

 

 

Ibtissem Ben Araar

 

Figures de femme I

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