Chine : « de l’amour » et du mariage

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| Vaste contrée menaçant aujourd’hui de détrôner la première puissance mondiale par son libéralisme économique effréné, la Chine reste sans doute un pays aux abords encore obscurs pour bien des Occidentaux. Un pays que nous croyons connaître, de loin. Un pays où l’alliance entre tradition et modernité peut surprendre. Non seulement dans les grandes villes comme Beijing, Shanghai ou Hongkong, mais aussi dans des plus petites villes qui connaissent, elles aussi, d’importants changements dans les mœurs et les comportements. Les femmes chinoises, aujourd’hui, sans ciller, font trembler les lignes de failles habituelles et réinventent une société où l’union matrimoniale ne leur est plus une nécessité. La série télévisée « Wǎnhūn » (晚 婚), que l’on pourrait traduire par « Mariée sur le tard », incarne parfaitement les transformations en cours dans les mentalités avec, au cœur de l’intrigue comme de la vie conjugale, des personnages féminins. Un scénario à la trame plutôt conventionnelle : une mère de famille, veuve, cherche à marier ses trois filles, déjà trentenaires. Mais un portrait, original, d’une génération de femmes pour qui la politique de l’enfant unique a amené à questionner et redéfinir leurs prérogatives familiales. Chamboulant ainsi tout un équilibre social entre les sexes.

Bande-annonce (en version originale)

Dans le numéro 1028 du 15 juillet 2010, Courrier International publiait un dossier complet intitulé : « De l’amour (et du mariage) en Asie ». Plus spécifiquement, les jeunes femmes des métropoles chinoises, indépendantes et autonomes financièrement, bousculent aujourd’hui les traditions en cherchant un amour à leur convenance. L’intérêt du mariage n’apparaît plus aussi prégnant que pour les générations précédentes, pour qui un mari pouvait apporter sécurité et sûreté financière. En Chine, une fille encore célibataire après 30 ans est considérée comme une vieille fille. Seulement, comme le signale l’article du Courrier International, cette tendance est de plus en plus à la hausse dans le pays car les femmes engagées dans la vie professionnelle pensent davantage à s’amuser, sortir entre copines, qu’à se mettre en ménage. Cette série télévisée, au taux d’audience record, fait état d’une ambivalence naissante entre héritage traditionnel et comportements qui font éclater un carcan social devenu trop rigide. À travers le portrait de trois sœurs, la série « Wǎnhūn » dessine ainsi en filigrane le portrait d’une société en mutation, sous l’action des femmes.

La sœur aînée présente un premier cas de figure exemplaire. À 30 ans, elle mène une trépidante carrière d’actrice. La pression sociale aidant, elle s’apprête à s’engager dans un mariage de raison, avec un homme dont la situation sociale correspond aux exigences familiales. Quelques épisodes plus tard, elle réalise qu’elle a des sentiments, inavouables en raison de sa précarité sociale, pour un vieil ami de la famille. Car la question du mariage en Chine ne recouvre pas nécessairement la question de l’amour et de la passion. Plutôt celle du devoir et des obligations familiales, là où l’individu est pris dans un réseau complexe d’injonctions sociales. Le choix final de ce personnage, suivre son instinct et ses sentiments amoureux, montre bien la mutation en cours où les femmes prennent en main leur destin contre toute conformité ou soumission aux impératifs familiaux.

Le deuxième exemple, typique, met en scène la cadette de la famille, amoureuse d’un ouvrier. Elle s’unit à lui, formant ainsi un couple matrimonial à l’importante disparité de statut social, au grand dam de sa mère. La jeune fille, en regard de la situation financière de son mari, est celle qui se retrouve à acheter leur maison. Par cet acte, fort en connotations symboliques dans le monde chinois, elle jette honte et déshonneur sur leurs familles respectives. Car c’est un devoir qui, normalement, incombe à l’homme. Cependant, son mari finit par s’élever dans l’échelle sociale, permettant d’améliorer leurs conditions de vie. Le travail absorbe tout son temps et, délaissant sa femme, les amène à rompre. La fin de leur histoire d’amour met toutefois en lumière un problème récurrent dans les relations humaines en Chine : le dur équilibre entre travail et amour. Bien souvent, il faut faire un choix entre l’un et l’autre. Soit la vie professionnelle, soit la vie amoureuse.

Le troisième cas est celui de la belle-sœur de la famille, toujours célibataire à 39 ans. Mais non sans son histoire d’amour particulière : elle a une relation adultérine, avec un homme marié, qui est également son professeur d’université. Une histoire d’amour qui cumule tous les interdits et tabous sociaux, même si, comme ailleurs, il s’agit d’une situation assez commune dans les villes. Elle transgresse les censures morales pour suivre son cœur, mettant ainsi en relief l’audace et le courage de certaines femmes d’aujourd’hui, qui ne se laissent plus dicter leur comportement par les mœurs établies.

Non sans ironie, l’épisode final voit le mariage de la mère, renvoyant dos à dos ces trois portraits de femmes dont la modernité et l’audace sont finalement peu encensées par le programme. Ce qu’il a l’avantage de mettre en lumière, ce sont les dilemmes intérieurs des femmes chinoises contemporaines, déchirées entre leurs sentiments personnels et les injonctions sociales. Du fait de la politique de l’enfant unique, de nombreuses femmes, seule descendance de la famille, se retrouvent à endosser le rôle de l’héritier mâle. Comment, alors, une femme peut-elle concilier à la fois la nécessité de travailler pour subvenir aux besoins de ses parents et le désir de trouver un bon époux qui correspondrait aux attentes de la société traditionnelle ? Alors que cette nouvelle autonomie et cette indépendance l’amènent à remettre en cause la nécessité et le besoin du mariage…

 

Némésis Srour
d’après une idée de Georgies Srour

 

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