#1 Gaza/Sderot – la vie malgré tout

 « Nos yeux voguent vers toi chaque jour (Jérusalem)
Se baladent dans les couloirs des temples
Enlacent les vieilles Eglises
Et enlèvent le voile de la tristesse sur les Mosquées »
Refrain d’un poème chanté par Heba Safi, le 23 décembre 2008.

 

 

| Gaza-Sderot – La vie malgré tout confronte deux réalités parallèles : celles des habitants de Gaza (Palestine) et de Sderot (Israël), deux villes frontalières où l’on « continue de travailler, s’aimer, rêver », sous la menace permanente des attaques aériennes et des tirs de roquettes de Tsahal et du Hamas. Le webdocumentaire, à la manière d’un direct, a été mis en ligne jour après jour, entre octobre et décembre 2008, mais le sujet demeure d’actualité.

Regarder Gaza-Sderot, c’est entrer de plain-pied dans le quotidien de Madeha Abu Nada, agricultrice palestinienne, qui tente d’écouler sa production de fruits et légumes malgré le blocus, ou celui de Simi Zubib, la mère de famille israélienne, qui a quitté le Maroc avec sa famille à l’âge de 12 ans, dans l’espoir d’une vie meilleure à Sderot. Douze personnes au total, six Palestiniens et six Israéliens, offrent des tranches de vie d’environ 2 minutes chacune (« webisodes »), pleines de joie, d’espoir, d’exaspération et de peur, pendant près de deux mois. Pour suivre leur vie, jour après jour, l’écran est divisé en deux par une ligne de pointillés, symbole de la frontière qui sépare les deux villes. A gauche Gaza, à droite Sderot. Le « lectateur » ne peut dès lors visionner qu’une réalité, tandis que l’autre reste en attente, comme pour signifier qu’elles ne peuvent s’exprimer ensemble malgré la proximité. Pour mieux appréhender et comprendre le quotidien des habitants, le webdocumentaire offre un format totalement délinéarisé où l’on peut choisir de pénétrer au cœur de la vie de Madeha, Danièle, Sefian et les autres, par quatre possibilités de lectures : par Temps (du 27 octobre au 23 décembre), par Lieux (une carte des deux villes avec des lieux de vie, par exemple le port de Gaza ou la cuisine de Simi), par Gens ou par Thèmes (musique, rêves, bombardement…). La très bonne interactivité du webdocumentaire permet notamment de visionner un webisode, puis de regarder ce qui se passe au même moment de l’autre côté de la frontière. Elle offrait de plus la possibilité de déposer un commentaire pour chacune des vidéos.

La grande qualité de Gaza-Sderot est de montrer la vie pénible telle qu’elle se déroule des deux côtés de la frontière. Les deux villes, officiellement en période de trêve durant le tournage du documentaire – ce n’est pas vraiment le cas –, vivent avec la peur quotidienne des tirs de missiles, à laquelle s’ajoute celle des raids en territoire palestinien. La mise en parallèle des deux réalités, toutefois, n’en fait pas moins une équivalence. Restrictions d’essence, restrictions de produits agricoles, restrictions de denrées, imposées par le blocus israélien, mais aussi fréquentes coupures de courant ou de gaz, rendent la vie étouffante à Gaza. Et il est difficile de ne point faire de comparaison, quand bien même le webdocumentaire s’affiche comme une narration sans jugement. Chaque lectateur navigue au gré de ses choix au cœur de ces douze vies, où le pari de montrer une certaine rage de vivre, qui l’emporte malgré tout, est réussi.

 

Ibtissem Ben Araar

 
► Retour vers Chroniques

About these ads

Réagir à cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • ISSN 2257-6304

  • L'ensemble de ce site est la propriété exclusive des auteurs. Toute reproduction partielle ou totale du contenu de ce site sans l’accord écrit de l’auteur est interdite.