Intouchables, comédie de crise

| Alors que dans un exercice périlleux, Némésis Srour a proposé une relecture de l’imaginaire visuel de « l’événement culturel » de l’année 2011 (1) (lire l’article), Intouchables, réalisé par Éric Toledano et Olivier Nakache, je souhaite ici m’intéresser aux différentes formes d’oppositions idéologiques qu’ont pu faire naître les discours autour du film et de sa perception. Comédie symptomatique de la crise dans laquelle la France est plongée, elle s’est révélée être un remède passager mais unificateur pour une grande majorité de personnes. Le traitement médiatique de la polémique qui a pu jaillir sur le racisme latent des images du film semble donner un aperçu du recroquevillement de la société française et réanime des réflexes de spectateurs où l’émotion doit primer sur la réflexion.

 
Retour sur les discours médiatiques

Bien avant son succès, les critiques de la plupart des médias français avaient souligné la qualité du film ou du moins le fait qu’il s’agissait d’une excellente comédie. Les quelques titres de presse qui ont voulu émettre un avis négatif, parfois avec vigueur (Libération a publié plusieurs articles sur le film), sont apparus étrangement isolés. Film du rassemblement, il ne pouvait provoquer qu’un clivage politique. Ainsi, au rang des critiques négatives, on retrouve Les Inrockuptibles, avec le sens de la formule de Jean-Marc Lalanne, L’Humanité (Vincent Ostria), Les Cahiers du Cinéma (Stéphane Delorme, rédacteur en chef), Marianne (Danièle Heymann), Télérama (Pierre Murat) et Critikat.com (Benoît Smith) pour ne reprendre que ceux recensés par le site Allociné.fr. Cette énumération parle d’elle-même : on pourrait situer de manière réductrice ces publications à gauche. En tout cas, elles sont régulièrement caractérisées d’« intellectuelles » au mieux, « bobos, pédantes, élitistes » au pire. Rejouerait-on une lutte entre élites cultivées et peuple au bon sens ? En allant plus loin, il est tentant de s’interroger sur la valeur de ces publications papier (Critikat.com excepté) au regard de l’effervescence de sites et de blogs dédiés au cinéma sur Internet depuis plusieurs années. Mais même sur la Toile, Intouchables a semblé faire l’unanimité. En fait, au-delà des avis parfois dithyrambiques, souvent valorisants, beaucoup semblent ne pas prendre de recul face au spectacle : de fait, Intouchables n’est qu’une comédie. En ce sens, le film mérite-t-il un tel intérêt ?

Poursuivant cette réflexion sur le discours médiatique autour du film, s’attarder sur les articles ayant relayé ses éventuels relents racistes selon Jay Weissberg (2) s’avère assez intéressant pour deux choses : les titres des articles français et les commentaires laissés par les lecteurs. Premièrement, si vous cherchez « Intouchables raciste » dans un moteur de recherche, vous trouverez des dizaines d’articles reprenant le fameux article du Variety, souvent sans extrait dudit article, et parfois avec une source erronée (certains citent le New York Times). Tous ou presque s’insurgent de cet avis venu d’outre-Atlantique et terminent leur article par une conclusion plus positive, renvoyant au nombre d’entrées qu’a déjà engrangé le film : comment plus de 18 millions de spectateurs pourraient acclamer un film raciste ? Revenons sur les titres de ces articles : « Un magazine US juge Intouchables raciste », « Intouchables, raciste ? Quand la presse US donne ses leçons… » ou encore « Les Américains trouvent Intouchables raciste… et vous ? ». Il faut noter combien ces titres sont simplificateurs. Tout à coup, les journaux français s’agacent de ces « leçons » américaines. Il est vrai qu’en termes de culture, nous n’avons aucun compte à rendre aux Américains, « exception culturelle française » oblige. La plupart des médias n’ont retenu que l’attaque faite au film comme objet commercial, faisant le bien des finances de l’industrie cinématographique française. L’honneur (économique) est sauf.

 
Le racisme, un point sensible en France

Que penser de l’article de Jay Weissberg ? Il doit être pris comme une lecture intéressante au prisme d’une société différente de la nôtre, certes, mais qui est parvenue, après un lourd passé ségrégationniste, à élire un président noir, et qui compte dans son industrie cinématographique, non seulement des acteurs noirs reconnus et nombreux, mais aussi des réalisateurs noirs. L’opposition France/États-Unis, bien que contestée par de nombreux observateurs (3), finit par réactiver tout de même des questions de fond. L’historien François Durpaire, qui s’intéresse aux questions de diversité culturelle et aux études post-coloniales, a ainsi été invité à donner son avis sur le site Atlantico (4) – un site à la sensibilité de droite. Alors que l’historien fonde sa réflexion principalement sur les différences historiques entre les deux pays, le journaliste titre son article, comme une évidence : « Intouchables n’est pas plus raciste que Le Flic de Beverly Hills… ». Sauf, que le film avec Eddy Murphy date… de 1984, et que François Durpaire n’a de cesse dans ses réponses de montrer combien les États-Unis ont dû travailler les questions de représentation des minorités dans leur pays. Comment ne pas penser que la France a encore du travail devant elle pour une meilleure place de ses minorités dans le cinéma (mais bien sûr aussi, dans la société en général) ? François Durpaire conclut : « Seulement, à l’époque [dans les années 1980], les Noirs américains se disaient que mieux valait un Noir caricatural que rien du tout. Vingt ans plus tard, arrivés à cette phase, ils veulent aller au-delà. La France n’en est pas au même stade de cette réflexion… » Ce n’est pas cette dernière phrase que le journaliste a voulu souligner. Elle est pourtant frappante de lucidité sur l’idéologie française qui a beaucoup de mal finalement à penser l’altérité. Il suffit également de lire les témoignages de quelques acteurs noirs dans leur expérience du milieu cinématographique français pour se rendre compte d’un certain malaise, d’un blocage (5).

Au-delà donc de la provocation qui peut être ressentie à la lecture de l’article de Jay Weissberg, ce que cet Américain exprime se retrouve dans l’observation toute simple que les Noirs sont encore marginaux dans le cinéma français et cantonnés à des rôles secondaires et caricaturaux. D’ailleurs, ce qui est également remarquable, c’est cette opposition nationaliste : Jay Weissberg s’exprime surtout pour conclure qu’il espère ne pas avoir honte du remake américain (dans le fond, il n’interroge pas la situation française) puisque les Étasuniens semblent en avoir fini avec ce type de représentation. Il laisse donc à la France cette interrogation. De l’autre côté, les Français ne sont pas prêts à entendre certaines choses, et surtout pas de la part de la première puissance mondiale ; il semble qu’il reste de vraies rancœurs françaises à l’encontre des États-Unis, et l’affaire DSK n’a pas arrangé les choses (les images américaines de l’homme politique menotté ont ainsi outrageusement choqué l’opinion publique française).

 
Cinéma et politique : les murmures de l’idéologie dominante

Dominique Noguez écrivait dans Le Cinéma, autrement : « Tout film est politique. [...] D’abord, parce qu’à la limite, tout est politique. […] Ensuite, parce que le cinéma fait partie de l’idéologie. » (6) De fait, Intouchables est une comédie populaire, un divertissement. Pour autant, le film est-il dénué de contenu idéologique et/ou politique ? Une autre remarque nous rappelle que tout est lié en effet  : devant le succès colossal du film, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a invité l’équipe du film pour un déjeuner à l’Élysée. Omar Sy a décliné l’invitation. Officiellement, pour raison professionnelle. Officieusement, on peut se demander si cette récupération politique n’a pas gêné Omar Sy qui, dans le SAV sur Canal +, ne se gêne pas pour moquer et ridiculiser le président de la République.

Si récupération il y a, c’est que le film, non seulement doit être célébré comme succès français – d’ailleurs, le film remporte également un fier succès en Allemagne –, mais correspond aussi à une vision de la France. Celle qui unit la France d’en haut – dont on a du mal à cerner les contours – et la France d’en bas – expression usitée à tout va, et qui rejoint parfois celle d’une « France qui se lève tôt », chère aussi à M. Nicolas Sarkozy. Celle qui montre que les hommes peuvent s’entendre au-delà des différences et s’aimer, et s’aider pour ce qu’ils sont, et non ce qu’ils représentent. D’ailleurs, la critique publiée sur Le Monde.fr par Jacques Mandelbaum accomplit une lecture du film où le message politique est clair : « En deuxième rideau, le film file une métaphore sociale généreuse, qui montre tout l’intérêt de l’association entre la Vieille France paralysée sur ses privilèges et la force vitale de la jeunesse issue de l’immigration » (7). On a pu lire également que le film était un remède « anticrise » et qu’il laissait présager le désir d’une France rassemblée, qui va à l’encontre de l’idéologie développée par une certaine partie de la droite au pouvoir en France (surtout depuis 2007, cela va sans dire) et l’extrême-droite, à l’heure où celle-ci est créditée de scores alarmants dans les sondages. Tout ceci est donc trop lié pour ne pas y voir des phénomènes de résonance entre la fiction et les réalités socio-politiques françaises. Pour s’en convaincre, il suffit de lire encore une fois les avis des spectateurs ou de visionner les quelques témoignages vidéo sur Internet  : tous soulignent le fait que c’est une histoire qui fait du bien, que la vision du film mériterait même d’être « remboursée par la Sécurité sociale ». Le lien entre réalité et plaisir pris devant le film corrobore cette idée que la satisfaction ne peut être obtenue que devant une parabole généreuse et idéaliste.

C’est ainsi que le film devient un étrange objet d’illusion soutenu par la plupart des médias : à même de nous apaiser, il n’y aurait rien d’autre à y voir. Pourtant, Erwin Panofsky disait en 1934 : « Le cinéma modèle, plus que n’importe quelle autre force singulière, les opinions, le goût, le langage, l’habillement, le comportement et même l’apparence physique d’un public comprenant plus de 60% de la population du globe » (8). L’opinion unanime sur Intouchables peut légitimement laisser songeur.

 
Note en forme d’utopie militante sur une éventuelle question noire

Lors de journées d’étude intitulées « Les voies de la révolte. Cinéma, images et révolutions dans les années 1960-1970 » au Musée du Quai Branly en juin 2011, des Américains avaient interrogé les intervenants français sur les lacunes dans la recherche française en termes de post-colonial studies, ou encore de l’absence dans l’enseignement de spécialiste de la colonisation ou des questions d’immigration. Devant ce qui a pu être ressenti comme une provocation, les universitaires français ont rectifié le tir : la France n’aurait aucune leçon à recevoir des Anglo-saxons, et n’aurait pas de lacunes ou de retards ni, de facto, la même histoire.

Plus tard, Sarah Maldoror, cinéaste française d’origine guadeloupéenne, proche d’Aimé Césaire, se levait et invitait les Noirs à défendre eux-mêmes leurs créations et à produire sans attendre que les Blancs leur tendent la main (c’est-à-dire sans attendre une reconnaissance ou un financement institutionnel). C’est un idéal révolutionnaire de la création artistique, soucieux de l’acte comme prise de position et conduisant à une possible prise de conscience, qui ne devrait pas rester sans écho.

 

Mickaël Robert-Gonçalves

 


 
Lectures complémentaires

Pour une première approche et une précieuse contextualisation historique sur la place des Noirs dans le cinéma français, je vous invite à consulter la série d’articles de Régis Dubois, auteur du blog Le Sens des images et spécialiste de la représentation des Noirs au cinéma (9), « Présence (et absence) des Noirs dans le cinéma français » et aussi « Noirs et Blacks au cinéma : regards croisés France / États-Unis ».

 
(1) Selon un sondage BVA réalisé pour la Fnac, Le Parisien et Europe 1, 52 % des Français estiment que la sortie du film Intouchables est l’événement culturel de l’année 2011.
(2) Correspondant pour le magazine américain Variety, il est l’auteur d’une critique sur Intouchables où il y voit un imaginaire raciste : http://www.variety.com/review/VE1117946269/
(3) Notamment par l’argument du chiffre – les Noirs en France étant proportionnellement moins nombreux que les Noirs aux États-Unis. Il ne s’agit pas tant de nombre que d’une question de représentation et de reconnaissance.
(4) http://www.atlantico.fr/decryptage/intouchables-racisme-noirs-cinema-variety-francois-durpaire-242817.html
(5) Lire à la fin de l’article de Régis Dubois, les témoignages de Aïsa Maiga, Firmine Richard, Mouss Diouf ou Fabrice Éboué : http://lesensdesimages.blogvie.com/2011/12/23/presence-et-absence-des-noirs-dans-le-cinema-francais-iii/
(6) Dominique Noguez, Le cinéma, autrement, Paris, Les Éditions du Cerf, 1987, p. 47.
(7) http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/01/intouchables-derriere-la-comedie-populaire-une-metaphore-sociale-genereuse_1596827_3476.html
(8) Cité par Dominique Noguez, op. cit., p. 51.
(9) Il est notamment l’auteur de Images du Noir dans le cinéma américain blanc (1980-1995) (1997), du Dictionnaire du cinéma afro-américain (acteurs, réalisateurs, techniciens) (2001), de Le Cinéma des Noirs américains, entre intégration et contestation (2005), ou encore de Hollywood, cinéma et idéologie (2008).

 
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Comments
6 Responses to “Intouchables, comédie de crise”
  1. Bruno Zunino dit :

    Très bel article et belle conclusion. C’est vrai que ce concert de louange et ces millions d’entrées interrogent forcément…

  2. Stéphane dit :

    Je trouve aussi que c’est un très bon article qui démontre une fois encore comme les discours nationaux permettent de détourner l’attention des vrais questions, dans ce cas, la représentation des minorités. Comme tu le montres, il est inacceptable pour un français d’imaginer recevoir une leçon par un Naméricain (habitant de cette contrée imaginaire, l’Amérique) sur des questions raciales. Le bon sens national (français), sait bien que ce qui s’applique en Namérique ne s’applique pas aussi facilement en France. Comme si certaines sociétés étaient par définition immunisées contre le sexisme ou le racisme. Tous les moyens sont bons pour ne pas se poser les questions qui gênent.
    Il faut dire aussi que le contexte aide aussi à blesser la fierté de ces journalistes / intellectuels français, heureux de voir qu’enfin le cinéma français peut avoir du succès, à qui un Naméricain, détenteur en chef du succès au box-office vient salir cette belle réussite par une analyse politique.
    Et c’est d’ailleurs le second point que ton texte pointe lui aussi : le lien entre critique politique et succès. Faire la critique d’un film à succès reviendrait à mépriser le public, s’opposer à la légitimité du plaisir qu’il ait pu prendre à voir le film. Un geste d’autant plus problématique qu’il intervient ici sur une comédie. Mais alors, les œuvres issues de bonnes intentions se placent-elles en dehors de la politique ?
    Je pense que le fait qu’une œuvre ait du succès ne veut pas dire qu’elle est exemplaire, seulement qu’elle relève de l’idéologie dominante et c’est celle-ci qu’il s’agit de critiquer. Intouchables n’est pas à lui seul immoral, c’est le cadre idéologique dans lequel le film se développe qui l’est. Aussi, quand je lis qu’en tant que spectateur, on peut apprécier le film sans distinguer que Driss est noir et Philippe blanc, tout ce que je lis c’est le fait que l’aveuglement envers les mécanismes raciaux de la société est si fort qu’on apprend à ne plus remarquer qu’il y a un problème à admettre comme cadre par défaut que les noirs sont pauvres et les blancs sont riches.
    C’est d’ailleurs bien un problème national, cette fois. La république française, définie comme aveugle aux couleurs de peaux (qui sont en effet des catégories imaginaires) en vient à ignorer les différences sociales entre les individus qui subissent des discriminations raciales, elles bien réelles. Cette lecture des personnages de ce film en blancs et noires, elle n’est pas élaborée par nous mais par des rapports sociaux omniprésents que l’idéologie nationale nous invite à ignorer. Et c’est tout le travail du sociologue Eric Fassin, par exemple, que de montrer en quoi le basculement de débats autour de questions minoritaires sur le terrain national s’explique souvent par un conflit interne à l’idéologie française.

    Bon je pars de cet article pour répondre à certains messages que j’ai lu sur celui de Némesis mais aussi parce que je pense que les deux se complètent et apportent des réponses aux questions de l’autre.

    • Je vous remercie Bruno et Stéphane pour vos commentaires. En effet, comme tu le dis Stéphane, ce que j’ai cherché à faire, c’est à rattacher le film à l’idéologie politique dans laquelle notre société baigne. Et finalement, face aux réactions des gens qui pensent que nous voyons du racisme partout, je préfère montrer que tout est présent en filigrane dans le discours critique et journalistique dominant (exemples de la critique de Mandelbaum dans Le Monde, des couvertures et des unes télévisées faites par Cluzet et Sy devenus symboles de rassemblement national en temps de crise, jusqu’à l’avis plus récemment de Jean-Marie Le Pen qui en faisait la même lecture que Mandelbaum mais bien sûr avec une conclusion plus négative et bien sur la ligne frontiste : http://www.youtube.com/watch?v=UOmo2SRqToU). D’ailleurs, ça ne s’arrête jamais : la balle est retournée dans le camp américain et preuve s’il en est que tout n’est histoire que de dollars, Harvey Weinstein, producteur de The Artist récemment, a violemment critiqué l’opinion de Le Pen. Weinstein vient en effet de distribuer Intouchables sur le sol étasunien ; tout n’est histoire ici que de discours et de publicité.

  3. btprime dit :

    Le cinéma français serait raciste ?
    On parle donc du racisme envers les noirs ici puisque l’on réduit cette notion au rôle d’Omar Sy. Hé bien je ne suis pas d’accord. La situation des noirs en France et aux Etats-unis est culturellement très différente. L’histoire des noirs aux Etats-unis est plus similaire à L’histoire des populations d’origine Maghrébines en France.
    Les noirs et principalement les noirs d’origine Africaine en France sont peu intégrées, toujours très communautaire car beaucoup plus minoritaire en France qu’aux Etats-Unis.

    Il me semble que les populations d’origines Maghrébines en France prennent de plus en plus en France la place qu’elles méritent, dans la politique, les médias, le cinéma c’est le pendant des noirs aux états-unis.

    Maintenant, si on veut renverser le sujet, si aux Etats-Unis les noirs ont un représentation moins caricaturales aux états-unis, qu’en penser des populations latines ou asiatique ? Que représentent les Jet-Li et autres Jackie Chan ? (Désolé ma pauvre culture ne me permet pas de retrouver des exemples plus précis pour les latinos).

    L’image des populations dans les films et la télévision sont toujours une caricature, aujourdh’ui, notre bon docteur Eric Foreman (Dr House) est bien une caricature du noir Américain d’aujourd’hui.

    • Cher btprime,

      La question posée par cet article n’est pas "Le cinéma français est-il raciste ?". Justement, comme j’essaye de l’expliquer, les journalistes et l’opinion publique ont préféré voir dans la critique de Jay Weissberg une attaque faite au cinéma français, plutôt qu’une remise en cause profonde de l’imaginaire visuel représenté par le cinéma. J’interroge les rapports entre cinéma et idéologie en somme. De ce point de vue, je vous renvoie vers les autres articles sur ce site qui ont mieux traités la question de la représentation : http://alterrealites.com/2012/02/10/intouchables-analyse-des-rapports-de-domination/ et http://alterrealites.com/2012/01/06/intouchables-les-racismes-ordinaires/

      On ne réduit pas le rôle d’Omar Sy à celui d’un Noir, mais de fait, toute production audiovisuelle nécessite des choix, et ceux-ci ne sont jamais anodins. La représentation produite est alors sujette à interprétation et analyse. Regardez simplement la couverture de Paris Match que j’ai mise comme exemple : le magazine titre : "François Cluzet et Omar Sy – Face à la crise, le retour de la fraternité". Comment ne pas lire dans ce film, une métaphore de la réconciliation nationale ? Lisez également le texte de Jacques Mandelbaum que je cite : http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/01/intouchables-derriere-la-comedie-populaire-une-metaphore-sociale-genereuse_1596827_3476.html

      Pour ce qui est des différences historiques, je suis d’accord avec vous. Le cas des personnes d’origine maghrébine est assez différent. De nombreux acteurs ou des réalisateurs d’origine maghrébines jouent des rôles assez indifférenciés dans le cinéma français (je pense surtout aux hommes, Sami Bouajila, Roschdy Zem et plus récemment Tahar Rahim). C’est une hypothèse, mais à la limite, je trouve que la question se pose – pour les gens d’origine maghrébine – plus entre homme et femme. Les femmes jouent plus des rôles convenues ou stéréotypés – Hafsia Herzi joue finalement un personnage appelé "Samira, L’Algérienne" dans L’Apollonide, et Leïla Bekhti n’a joué que des Samia, Nadia, Mounia ou Yasmine alors que Roschy Zem par exemple peut jouer aussi bien des Hugo, des Marco, des Robert et des Saïd (cela semble changer aussi puisque Hafsia Herzi jouera bientôt une Marine…).

      En revanche, sur la question du prétendu communautarisme des Noirs en France, je ne vous suis pas. Au contraire, issus de nombreux territoires et d’origine diverses (des Antilles à l’Afrique noire et ces multiples pays), je ne vois pas en quoi il serait moins intégré. Historiquement même, la différence ne me semble pas très judicieuse pas plus que le fait qu’il serait moins nombreux que les gens d’origine maghrébine.

      Par rapport aux Etats-Unis, votre remarque est intéressante. Je me suis en effet posé la question. Aux Etats-Unis, les Noirs sont ancrés dans le paysage audiovisuel. Qu’en est-il des Latino-américains ou des Asiatiques. C’est encore une hypothèse mais il me semble que des rôles assez indifférenciés sont également créés sans qu’il n’y aie de stéréotypes sociaux ou discriminants – c’est le cas du personnage de Gabrielle Solis, interprété par Eva Longoria, dans Desperate Housewives, et ce même si son mari est une caricature du macho latin. De même des réalisateurs d’origine latino-américaine ont déjà tourné des films et des acteurs d’origine cubaine, portor-ricaine ou mexicaine sont des stars (Jennifer Lopez, Eva Mendes, Cameron Diaz ou encore Andy Garcia). Pour les Asiatiques, Jet-Li et Jackie Chan sont des stars liés au film d’arts martiaux, et en ce sens, sont utilisés à Hollywood dans des rôles assez clichés en effet. D’ailleurs, Hollywood tend plus à faire venir des stars asiatiques (principalement chinoises comme Lucy Liu, ou les réalisateurs Ang Lee, ou John Woo) qu’à utiliser des acteurs d’origine asiatique ; mais cela change, sûrement plus rapidement dans les séries d’ailleurs qui sont devenues le vrai champ de production de masse aux Etats-Unis (ainsi l’acteur Harry Shum Jr. dans Glee par exemple).

      Il y a donc des décalages selon les époques et l’histoire des pays et de l’immigration. Cependant, j’ai l’impression que les Etats-Unis – dans la représentation qu’il propose et en réactualisant cette vieille idée du "melting pot" – absorbe mieux la diversité de leur société. En France, le cas de la représentation des Asiatiques par exemple ferait également couler beaucoup d’encre.

  4. Régis Dubois dit :

    Pour poursuivre cette intéressante discussion, je vous convie à lire mon dernier livre qui vient de paraître (juin 2012) et qui s’intitule "Les Noirs dans le cinéma français : images et imaginaires d’hier et d’aujourd’hui" : http://www.thebookedition.com/les-noirs-dans-le-cinema-francais-regis-dubois-p-80059.html

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