La Blancheur – Synthèse I

 

 

| Au terme de la première partie de notre étude sur la Blancheur, où nous avons spécifiquement traité du cas français, restreignant ainsi la notion d’Occident évoqué en introduction, c’est finalement la dimension politique de la blancheur qui transparaît dans toute sa force. Aussi étonnant que cela puisse paraître de prime abord, le droit et la législation autour de l’acquisition de la nationalité française, pourraient indirectement influencer cette question. Comment ? Le droit du sol français est un droit quasiment unique en Europe. La France reconnaît comme française toute personne née sur son sol, postulant ainsi une égalité de droits entre tous ses citoyens. L’exemple de l’Allemagne, a contrario, montre une société fondée sur le principe du « droit du sang » depuis 1913 : pour être Allemand, jusqu’au 1er janvier 2000, il fallait être né de parents allemands. Cela tendait à créer des citoyens de seconde zone, avec le cas emblématique des Turcs nés en Allemagne, auxquels n’étaient pas reconnus les mêmes droits (1). Sans doute le droit allemand tend-il à être moins hypocrite que le nôtre puisque, en France, cette législation impose finalement des inégalités au sein du peuple français, non pas selon les nationalités mais selon les origines ethniques, car force est de constater que des distinctions se font entre les origines apparentes des différents citoyens français. Une échelle des dominations se crée, où le blanc de peau incarne la norme française, par opposition à tous les autres. Pourtant, le droit du sol devrait aller contre cette idée de distinction puisque est reconnue comme française toute personne née en France, sans distinction aucune de ses origines ethniques. Il apparaît dès lors, comme bien souvent, que le droit devance encore largement les mentalités sur cette question et que ce concept légal ne soit pas encore entré dans les mœurs. La preuve en images.

Dans le monde de la publicité, que nous avons étudié sous deux versants, se distingue deux types de publicité. Le premier, destiné à la fameuse « ménagère », met en scène des Blancs occidentaux (La permanence de la blancheur dans la publicité française) ; le deuxième, dédié à la promotion d’articles cosmétiques et où l’enjeu esthétique prime, fait du bronzage un élément incontournable. Dans cet espace unique, la peau peut ne pas être blanche pour mieux s’auréoler de sex-appeal (Bronzage et sex-appeal). Plus Belle La Vie, au contraire, nous montre une diversité niée dans le monde de la publicité (PBLV : une France multicouleur et multiculturelle ?). Ce feuilleton télévisé signale-t-il alors la fin de la domination du blanc de peau au profit du blanc culturel ? Il annonce surtout une mutation profonde de l’imaginaire national, une lente transition : le blanc ne serait plus simplement une couleur de peau mais une « couleur culturelle », contrairement à l’article du magazine Elle qui a fait polémique sur la « Blackgeoisie » (2).

Si Plus Belle La Vie est un premier pas vers la reconnaissance de la diversité des physiques français, l’effort même qui est fait ainsi que l’engagement scénaristique, montrent bien que le concept de « droit du sol » n’est pas encore intégré. De plus, il faut souligner que la psychologie des personnages va dans le sens d’une assimilation à la française. Le modèle d’intégration français prône l’oubli des origines au profit de la culture française et sous-entend par là que l’on ne peut avoir une double culture (3). On ne peut, dans l’espace public, conjuguer culture française et culture du « foyer », puisque c’est là où, justement, la culture héritée des parents devrait se cantonner. En ce sens, sur le plan de la reconnaissance de la pluralité culturelle, la France a encore un long travail à accomplir – chose que souligne bien le réalisateur de 30° Couleur, Lucien Jean-Baptiste (4).

 

 

Si, en France, l’enjeu est de reconnaître les « autres couleurs » et de mettre fin à l’hégémonie du blanc de peau (et du blanc culturel pourrait-on ajouter), dans le monde extra-occidental, l’attrait de la peau blanche et les tentatives pour ressembler au « Blanc » restent des logiques très fortes, voire essentielles. Il s’agira donc d’explorer, dans ce second volet, les modèles de beauté à l’œuvre pour les populations de Chine, d’Inde ou encore du Liban (cf. introduction de la seconde partie) dans la construction d’une apparence « blanche », mais aussi de questionner ces logiques de transformations dans toute leur dimension identitaire. Comment le corps est-il travaillé pour ressembler au plus près à cet idéal de beauté qui est à la fois la blancheur de peau (avec le maquillage), la blancheur des traits (la chirurgie esthétique) et la blancheur culturelle (les muscles) ?

 

Ibtissem Ben Araar, Hélène Kessous & Némésis Srour

 

(1) Pour plus d’informations sur la situation juridique en Allemagne : http://archives.arte.tv/societe/tuerken/ftext/f_rubrik_juridique.htm
(2) Vous pouvez trouver l’article à l’adresse suivante : http://urban.playgirl.over-blog.com/article-l-affaire-du-magazine-elle-et-de-la-blackgeoisie-97934282.html
(3) Sur la définition du multiculturalisme en France : http://www.millenaire3.com/contenus/ouvrages/lexique28/multicult.pdf
(4) Cf. l’émission « Avant-Premières », diffusée le 15 mars 2012 sur France 2.

About these ads

Réagir à cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • ISSN 2257-6304

  • L'ensemble de ce site est la propriété exclusive des auteurs. Toute reproduction partielle ou totale du contenu de ce site sans l’accord écrit de l’auteur est interdite.